« Tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix » : Olivier Brouwers (CEO de Amundi Belgium) met en garde sur l’avenir des retraites

« Tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix » : Olivier Brouwers (CEO de Amundi Belgium) met en garde sur l’avenir des retraites
Publié le 17 juin 2026 par Naqi Hamza

À l’occasion de l’Amundi World Investment Forum, nous avons rencontré Olivier Brouwers, CEO d’Amundi Belgium, afin d’échanger sur l’état du système de retraite belge, les défis démographiques à venir et les solutions pour mieux préparer son avenir financier.

Entre vieillissement de la population, pression sur les finances publiques et nécessité d’investir plus tôt, Olivier Brouwers estime qu’il devient indispensable de compléter la pension légale par une stratégie d’investissement à long terme.

« Le système belge n’est pas en danger immédiat, mais il devra évoluer »

Comment décririez-vous aujourd’hui la situation du système de retraite belge et les principaux défis auxquels il est confronté ?

Olivier Brouwers :
Le système belge existe depuis très longtemps et il reste aujourd’hui solide. Mais comme dans beaucoup de pays européens, il est confronté à un défi démographique majeur.

Notre modèle repose principalement sur un système où la population active finance les pensions des retraités. Or, l’évolution démographique va progressivement à l’encontre de cet équilibre : la population vieillit tandis que la proportion de travailleurs actifs diminue.

Ce n’est pas un système qui est en danger immédiat, mais il devra évoluer, se compléter et se réinventer pour rester pérenne dans le temps.

Les quatre piliers de la retraite belge

Quels sont aujourd’hui les différents piliers de la retraite en Belgique ?

Olivier Brouwers :
En Belgique, nous pouvons résumer le système autour de quatre piliers.

Le premier pilier est la pension légale, à laquelle chaque Belge a droit en fonction de sa carrière et de son statut professionnel.

Le deuxième pilier concerne les pensions complémentaires mises en place par les employeurs. Ce système continue de se développer, mais il ne couvre pas encore l’ensemble du secteur privé et il existe encore de fortes disparités entre les catégories de travailleurs.

Le troisième pilier repose sur l’initiative individuelle, avec l’épargne-pension ou les assurances-vie bénéficiant d’avantages fiscaux. Mais les montants restent relativement limités.

Enfin, il y a le quatrième pilier, qui correspond à l’investissement à long terme réalisé de manière plus libre et plus personnelle.

« Tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix »

Les Belges épargnent-ils suffisamment pour compléter leur pension légale ?

Olivier Brouwers :
La pension légale reste un socle important et relativement protecteur, surtout pour les revenus les plus modestes. Le taux de remplacement est encore relativement confortable pour certains profils.

Mais pour les revenus moyens et élevés, l’écart entre le dernier salaire net et la pension peut devenir important. Beaucoup de personnes risquent de constater une baisse significative de leur niveau de vie au moment de la retraite.

C’est pourquoi tout miser sur la pension légale n’est plus le meilleur choix. Il devient essentiel de construire une épargne à long terme afin de préserver une qualité de vie comparable à celle de la période d’activité.

Une pression croissante sur les finances publiques

Le vieillissement de la population exerce une pression croissante sur les finances publiques. À quel point cette problématique est-elle préoccupante ?

Olivier Brouwers :
Cette problématique n’est pas nouvelle et elle est bien identifiée par les États.

L’augmentation des dépenses liées aux pensions, aux soins de santé et à l’assurance maladie est déjà intégrée dans les projections budgétaires futures. Mais cela reste un enjeu important pour la soutenabilité des finances publiques.

Le défi consiste surtout à maintenir un système pérenne sur le long terme. Cela passera probablement par différents ajustements : âge de départ à la retraite, durée de carrière ou encore évolution des montants.

« Il faut encourager les jeunes à investir très tôt »

Parlons Finance : Quels sont aujourd’hui les dispositifs les plus intéressants pour préparer sa retraite ?

Olivier Brouwers :
Au-delà des dispositifs fiscaux classiques, il faut surtout encourager les gens à investir tôt, régulièrement et même avec de petits montants.

L’éducation financière joue un rôle fondamental. Certains pays ont mis en place des systèmes très accessibles permettant aux jeunes de commencer à investir quelques euros par mois seulement. C’est ce type de culture qu’il faut développer davantage.

L’investissement à long terme reste probablement l’un des outils les plus puissants pour préparer sa retraite.

Le rôle d’Amundi

Quel rôle joue Amundi dans cette transition ?

Olivier Brouwers :
Amundi propose de nombreuses solutions d’investissement permettant de construire des portefeuilles diversifiés adaptés à différents horizons de placement et profils de risque.

Mais notre rôle ne s’arrête pas là. Nous avons aussi une responsabilité importante en matière d’éducation financière.

À travers nos partenariats avec les banques, les associations et différents acteurs du marché, nous essayons de sensibiliser davantage les investisseurs à l’importance de préparer leur avenir financier sur le long terme.

« Il n’est jamais trop tard pour commencer »

Quelles erreurs voyez-vous le plus souvent chez les personnes qui préparent leur retraite ?

Olivier Brouwers :
La plus grande erreur est probablement de penser qu’il est trop tard.

En réalité, il n’est jamais trop tard pour commencer à investir pour sa retraite, que l’on ait 30, 40 ou même 50 ans. Bien entendu, plus on commence tôt, plus l’impact est important grâce au temps et à la capitalisation.

Mais le plus important reste d’avoir une approche structurée et cohérente.

Trois actions concrètes avant 40 ans

Si vous deviez donner trois actions concrètes à mettre en place avant 40 ans pour préparer sa retraite, lesquelles seraient-elles ?

Olivier Brouwers :

  1. Mieux se connaître financièrement : comprendre son profil de risque, ses objectifs de vie et sa capacité d’épargne mensuelle.
  2. S’éduquer financièrement : prendre le temps de comprendre les mécanismes de l’investissement et du long terme.
  3. Mettre en place un plan structuré : développer une stratégie d’investissement adaptée à son profil et commencer le plus tôt possible.

“Faites-le ce soir ou demain matin”, ajoute-t-il avec le sourire.

Ce que la Belgique fait mieux que la France

Que fait la Belgique de mieux que la France sur les questions de retraite ?

Olivier Brouwers :
La Belgique dispose encore d’un système de deuxième pilier relativement performant, notamment via les fonds de pension et les assurances groupe.

De nombreuses entreprises mettent en place des mécanismes où les contributions de l’employeur doivent offrir un rendement minimum garanti aux employés, ce qui apporte une protection certaine. Il convient toutefois de nuancer cette approche : les véritables fonds de pension, dans une logique anglo-saxonne, ne garantissent pas de rendement minimum et disposent ainsi d’une plus grande liberté pour adopter une allocation d’actifs plus dynamique sur le long terme.

On observe aussi une tendance vers des fonds multi-employeurs permettant de mutualiser certains coûts opérationnels et réglementaires pour les plus petits acteurs.

Mais il reste encore du chemin à parcourir. L’un des grands défis sera probablement d’étendre davantage ces dispositifs à l’ensemble du secteur privé afin que chacun puisse bénéficier d’une véritable pension complémentaire.