SUCCESS STORY : Comment trois frères ont bâti l’empire du tiramisu Alfiero
L’entrepreneuriat se distingue par sa capacité à transformer des idées en réalité, et des défis en opportunités. Dans cette série d’articles, nous partons à la rencontre de ceux qui, avec détermination et créativité, construisent l’avenir.
Ces entrepreneurs nous ont ouvert les portes de leur univers, partagé leurs expériences, leurs réussites, mais aussi les épreuves qu’ils ont dû surmonter. Durant toute une journée, nous avons eu l’occasion de visiter leur usine de production où la magie opère !
Pouvez-vous nous raconter comment Alfiero a été fondé ? Quelle a été l’inspiration initiale derrière le lancement de cette aventure ?
Alfiero, c’est d’abord une histoire familiale, marquée par nos racines et notre passion pour la cuisine. J’ai fait mes études à l’école d’hôtellerie de Liège, et dès l’adolescence, avec mes frères, nous avons toujours été impliqués dans le restaurant de notre père. C’est là que l’idée a germé. Nous avons remarqué qu’il manquait un dessert distinctif sur notre carte. Rien de ce que proposaient nos fournisseurs ne sortait vraiment du lot.
C’est alors que l’idée de revisiter le tiramisu, à notre manière, est née. Ce dessert italien a tout de suite trouvé son public, et le bouche-à-oreille a fait le reste. Le succès fut rapide, et très vite, nous avons compris que nous tenions quelque chose de spécial.

Quelles étaient vos premières ambitions lorsque vous avez commencé dans une petite cuisine ? Avez-vous imaginé dès le départ un développement international ?
Dès le départ, nous savions que nous voulions nous exporter à l’international d’où la création d’un nom de produit quelque peu inspiré des plus grands groupes internationaux. À l’époque, j’avais à peine 22 ans et notre seul objectif était de créer un produit de qualité, accessible à tous, dans notre région. Cependant, très rapidement, notre tiramisu a attiré l’attention au-delà de notre ville.
Des clients venaient de loin pour goûter nos créations, et c’est là que l’idée d’élargir notre vision a pris forme. Nous voulions que ce dessert soit apprécié partout, sans limite géographique, mais nous ne savions pas encore à quel point cette ambition nous porterait loin.
Quels ont été les moments clés qui ont marqué l’évolution de l’entreprise et son passage d’un projet local à un acteur international ?
Le tournant a vraiment eu lieu en 2018 lorsque nous avons commencé à recevoir des commandes en palettes entières. Cela a marqué notre passage de la vente au détail à une production en volume. Nous avions déjà investi dans quelques machines, mais c’est à ce moment-là que nous avons compris l’ampleur du marché potentiel.
Malgré nos débuts modestes, durant lesquels j’ai énormément travaillé en auto-financement en achetant un bon nombre d’équipement d’occasions, nous avons eu la chance d’être soutenus moralement par notre famille mais aussi par nos premiers clients. Cela nous a permis de réinvestir rapidement dans des infrastructures plus grandes et plus performantes, comme l’usine de plus de 1 000 m² que nous avons aujourd’hui.
En 2023, une ligne de production automatique a été installée pour répondre à la demande croissante des clients.
Votre tiramisu est maintenant vendu dans plusieurs pays. Quelles ont été les principales étapes pour réussir cette expansion à l’international ?
Le développement international a nécessité une adaptation continue de nos produits aux besoins spécifiques de chaque marché. Nous avons d’abord étudié les habitudes de consommation dans chaque pays. Par exemple, j’ai personnellement parcouru les rues de Paris pour goûter à tout ce qui était proposé dans les magasins, afin de comprendre les attentes locales. Cette approche de terrain nous a permis de créer des produits adaptés à chaque marché. Ensuite, il a fallu établir des relations clés dans chaque chaîne d’approvisionnement, une étape indispensable pour s’implanter.
Quels marchés ont été les plus faciles à pénétrer, et lesquels ont présenté plus de défis ?
Les marchés européens ont été relativement accessibles grâce à la proximité et à des habitudes de consommation similaires. Le grand export, en revanche, comme l’Arabie saoudite, s’est avéré plus complexe. Il fallait répondre à des exigences très spécifiques, comme des certifications, des normes d’hygiène et des demandes précises sur les ingrédients. Chaque marché a ses propres réglementations, et cela nécessite une adaptation à tous les niveaux de production.

Avec la croissance d’Alfiero, comment avez-vous abordé la question du recrutement ? Avez-vous rencontré des difficultés à trouver les bons talents ?
Le recrutement a été un défi majeur. Au départ, nous étions trois à tout gérer, et trouver des employés qui partagent notre vision et notre niveau d’exigence n’a pas été facile. Nous avons parfois fait des erreurs, en embauchant des personnes non suffisamment engagées ou trop proches de nous personnellement, ce qui compliquait la gestion.
Nous avons appris à nos dépens que le recrutement doit se faire avec soin, car chaque membre de l’équipe joue un rôle crucial dans la réussite de l’entreprise.
Comment assurez-vous que les nouveaux employés adhèrent à la culture de l’entreprise et aux standards de qualité que vous avez définis depuis le début ?
Nous veillons à ce que chaque nouvelle recrue comprenne nos valeurs dès le premier jour. L’exigence de qualité est au cœur de tout ce que nous faisons, et nous demandons à nos employés d’être autant passionnés par le produit que nous. C’est une question d’état d’esprit, de discipline et d’implication. Nous mettons un point d’honneur à transmettre cette culture à tous les niveaux.
La pandémie de COVID-19 a bouleversé de nombreuses entreprises notamment dans le secteur de l’HORECA. Comment cela a-t-il affecté Alfiero, tant sur le plan de la production que sur celui de la distribution ?
Le COVID-19 a été une période difficile, mais étonnamment, cela a ouvert des opportunités inattendues. Alors que les restaurants étaient fermés, la demande pour les produits de livraison à domicile a explosé. Notre tiramisu, qui est un produit prêt-à-manger, a trouvé sa place dans cette nouvelle réalité. Nous avons vu une augmentation des commandes, surtout dans le secteur de la livraison, car les restaurateurs cherchaient à compléter leurs offres.
Aujourd’hui, Alfiero génère plus de 3 à 5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Comment avez-vous structuré la gestion financière de l’entreprise pour soutenir une telle croissance ?
Nous avons toujours été prudents dans notre gestion financière. Nous n’avons pas de business angels ou d’investisseurs externes. Toute notre croissance a été autofinancée, avec un soutien bancaire lorsque nécessaire. Nous avons mis en place des systèmes de gestion très rigoureux pour suivre chaque aspect de l’entreprise, de la production aux finances. Par exemple, notre ERP nous permet d’avoir un suivi précis de tous nos coûts, ce qui est indispensable pour contrôler notre développement.
Quels sont vos objectifs pour Alfiero au cours des cinq prochaines années ? Envisagez-vous d’élargir votre gamme de produits ou d’explorer de nouveaux marchés ?
Nous visons les 20 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici cinq ans. Notre objectif est d’élargir notre gamme de produits tout en restant fidèles à notre ADN : des desserts revisités, subtils, qui sortent du lot. Nous voulons également renforcer notre présence à l’international et explorer de nouveaux marchés, tout en continuant à innover.
Il faut noter que nous produisons également des tiramisus pour des chaînes de restauration rapide et que nous avons développé des produits sans étiquettes pour le secteur de la pâtisserie/boulangerie afin d’ouvrir d’autres segments de marchés, ce que nous visons à développer davantage à l’avenir.
Un dernier mot pour les lecteurs qui aimeraient se lancer ?
« Peu importe les difficultés que vous rencontrerez, tout n’est que temporaire. La véritable question est : qu’allez-vous faire lorsque les choses vont mal pour que ça s’améliore ? Chaque obstacle est une opportunité pour se surpasser.«
SERHAT OZ