Private equity et infrastructures : valeur refuge ?

Private equity et infrastructures : valeur refuge ?
Publié le 2 janvier 2026 par Nour Zeghdoud

Les marchés financiers traversent une phase de recomposition profonde. Hausse durable des taux, ralentissement économique, fragmentation géopolitique, transition énergétique : les repères traditionnels de l’investissement sont bousculés.

Dans ce contexte, le private equity et les infrastructures sont souvent présentés comme des refuges naturels face à la volatilité des marchés cotés. Mais derrière cette image rassurante se cache une réalité plus nuancée.

Comme toujours, la différence ne se fait pas tant sur les actifs eux-mêmes que sur la manière dont ils sont intégrés dans une stratégie d’ensemble.

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L’illusion du refuge absolu

Pour beaucoup d’investisseurs, le non-coté est perçu comme un havre de stabilité. Moins de volatilité apparente, valorisations lissées, horizons longs : tout semble indiquer une protection contre les secousses des marchés financiers. Pourtant, cette stabilité est en partie optique.

L’absence de cotation quotidienne ne signifie pas absence de risque. Elle signifie surtout absence de revalorisation instantanée. Les cycles économiques, la hausse du coût du capital ou les chocs sectoriels affectent tout autant les actifs privés. La différence est que l’ajustement est plus lent, parfois brutal, et souvent moins visible.

Les investisseurs institutionnels le savent : le private equity et les infrastructures ne sont pas des refuges par nature, mais des expositions spécifiques à des risques différents.

La discipline institutionnelle face au non-coté

Les investisseurs institutionnels n’abordent jamais le private equity ou les infrastructures comme une simple diversification décorative. Ces actifs sont intégrés dans une architecture de portefeuille extrêmement encadrée.

Ils fixent des plafonds d’exposition stricts, gèrent finement les calendriers d’appels de fonds, modélisent les flux de trésorerie futurs et anticipent les besoins de liquidité sur plusieurs années. Le non-coté n’est acceptable que s’il cohabite avec des poches de liquidité suffisantes et une visibilité claire sur les engagements futurs.

Cette rigueur permet d’éviter l’erreur classique : être “riche sur le papier” mais contraint de vendre des actifs liquides au pire moment pour honorer des engagements illiquides.

Infrastructures : stabilité conditionnelle

Les infrastructures attirent pour leurs revenus récurrents et leur indexation partielle à l’inflation. Mais cette stabilité est conditionnelle. Elle dépend du cadre réglementaire, de la solidité des contreparties et de la capacité à financer les investissements de long terme dans un environnement de taux plus contraignant.

Les investisseurs institutionnels privilégient aujourd’hui des infrastructures sélectives : actifs essentiels, visibilité contractuelle, faible dépendance politique, et capacité à absorber les chocs inflationnistes. Là encore, ce n’est pas la classe d’actifs qui protège, mais la qualité de la sélection.

Concevoir le portefeuille pour l’illiquidité

La vraie question n’est donc pas de savoir si le private equity et les infrastructures sont des refuges ou des risques. La question est : le portefeuille est-il conçu pour supporter leur illiquidité et leur opacité ?

Les investisseurs institutionnels répondent par la structure, pas par l’espoir. Ils acceptent l’illiquidité en échange d’un potentiel de rendement et de diversification, mais uniquement dans des proportions compatibles avec leurs contraintes globales.

Pour un investisseur individuel, l’enjeu est similaire : comprendre que le non-coté exige du temps, de la patience et une capacité à absorber des périodes prolongées sans liquidité ni visibilité parfaite.