Pourquoi le retour des valeurs sûres reviennent en force

Pourquoi le retour des valeurs sûres reviennent en force
Publié le 20 février 2026 par Nour Zeghdoud

Au cours des dernières années, les marchés actions ont été dominés par un récit unique : l’innovation technologique et plus récemment l’intelligence artificielle serait la principale source de performance.

Les investisseurs ont concentré leurs capitaux sur quelques valeurs très dynamiques, parfois spectaculaires, censées capter la croissance du futur.

Mais depuis peu, un mouvement inverse apparaît. Après l’euphorie, la volatilité revient : certaines des actions les plus populaires corrigent fortement, tandis que des entreprises longtemps jugées sans intérêt reprennent le leadership. La performance n’est plus seulement liée à la croissance attendue, mais à la stabilité offerte.

Le phénomène n’est pas nouveau dans l’histoire financière : lorsqu’un thème dominant devient trop consensuel, le marché recommence à rémunérer la prévisibilité plutôt que la promesse.

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De la fascination pour la croissance à la recherche de stabilité

En 2025, plusieurs titres emblématiques ont connu des hausses exceptionnelles, dépassant parfois 100 % en un an. Pourtant, au début de 2026, ces mêmes valeurs ont subi de fortes corrections : des reculs de 25 % à 45 % en quelques mois.

Dans le même temps, des fonds investis dans des entreprises dites « défensives » services publics, assurance, consommation courante ou industrie de base progressaient légèrement alors que l’indice global stagnait.

Le marché n’a donc pas seulement changé de direction : il a changé de critère d’évaluation.
La croissance future n’est plus le seul facteur ; la régularité des résultats redevient centrale.

Ce que signifie réellement la « faible volatilité »

Les fonds à faible volatilité reposent sur une idée simple : toutes les actions ne réagissent pas de la même façon aux cycles économiques.

Certaines entreprises dépendent fortement des anticipations technologie, publicité numérique, plateformes et leurs cours varient énormément lorsque les attentes changent. D’autres reposent sur des besoins permanents électricité, assurance, hygiène, alimentation et leurs revenus fluctuent peu. Sur longue période, ces actions défensives capturent généralement :

  • environ ⅔ à ¾ des gains lors des marchés haussiers
  • mais seulement ⅔ à ¾ des pertes lors des marchés baissiers

La différence paraît faible année par année, mais devient majeure avec le temps : éviter les fortes chutes réduit énormément l’effort nécessaire pour revenir au point de départ.

Un portefeuille qui perd 50 % doit doubler pour se reconstituer.
Un portefeuille qui perd 20 % n’a besoin que de 25 %.

La performance à long terme dépend donc autant de la profondeur des pertes que de l’ampleur des gains.

Une performance moins spectaculaire mais plus durable

Ce déplacement vers les actions stables modifie le comportement des investisseurs. À court terme, les titres dynamiques offrent des histoires séduisantes : innovation, disruption, croissance exponentielle.
À long terme, la performance dépend davantage de la continuité des flux financiers.

Ainsi, les actions dites « ennuyeuses » passent souvent inaperçues :

  • produits indispensables
  • marges prévisibles
  • croissance modérée mais régulière
  • dividendes récurrents

Elles ne dominent généralement pas les marchés haussiers, mais deviennent dominantes lorsque l’incertitude augmente. Le rendement n’est plus fondé sur l’anticipation du futur, mais sur la répétition du présent.

Une fonction nouvelle dans la construction de portefeuille

Ces stratégies jouent désormais un rôle intermédiaire entre actions et obligations. Traditionnellement, l’allocation type reposait sur le modèle 60 % actions / 40 % obligations : les actions apportent la croissance, les obligations la stabilité.

Mais lorsque les taux, l’inflation ou les déficits rendent les obligations moins prévisibles, les actions à faible volatilité deviennent un substitut partiel : elles restent exposées à la croissance économique tout en amortissant les chocs boursiers.

La frontière entre « actifs risqués » et « actifs sûrs » se brouille donc progressivement.

Une idée ancienne redevenue centrale

Dès les années 1970-1990, des travaux académiques avaient déjà observé ce paradoxe : les actions les moins risquées peuvent produire des rendements comparables, voire supérieurs, aux plus risquées sur longue période. Le marché rémunère parfois davantage la patience que l’audace.

Pendant longtemps, cette anomalie semblait secondaire face aux périodes d’innovation rapide. Mais lorsque la concentration sectorielle augmente aujourd’hui autour de la technologie la diversification redevient une source de performance en soi.

Un changement psychologique du marché

Le basculement actuel révèle surtout une transformation comportementale. Lorsque les investisseurs croient à une croissance illimitée, ils acceptent une forte volatilité pour espérer un gain élevé.
Lorsqu’ils doutent, ils privilégient la préservation du capital.

Autrement dit :

  • dans les phases d’optimisme → le marché achète le futur
  • dans les phases d’incertitude → il achète la stabilité

Le retour des actions « ennuyeuses » n’est donc pas seulement un phénomène financier : c’est un indicateur de climat économique.

Une question de temps plutôt que de rendement

Comme pour toute stratégie défensive, le compromis est clair :

  • court terme : moins de stress, moins de pertes violentes
  • long terme : gains potentiellement plus lents mais plus réguliers

La difficulté réside dans l’horizon d’investissement.
Ce qui paraît prudent sur quelques mois peut devenir déterminant sur plusieurs décennies, car la capitalisation récompense la continuité plus que les pics de performance.

Vers une nouvelle définition du risque

Le marché tend ainsi à redéfinir le risque. Pendant longtemps, le risque signifiait : ne pas participer aux plus fortes hausses.
Aujourd’hui, il signifie de plus en plus : subir les plus fortes baisses.

La conséquence est profonde : la performance n’est plus uniquement associée à la croissance maximale, mais à la capacité d’éviter l’érosion.

Autrement dit, dans certaines phases économiques, la stratégie la plus efficace n’est pas d’aller plus vite mais de tomber moins souvent.