Pétrole à 100 $ : la guerre en Iran secoue les marchés
Un fonds spécialisé dans le fret maritime gagne 3 600 % depuis janvier, porté par la guerre en Iran et la flambée des prix du pétrole.
Cette semaine, deux des goulets d’étranglement les plus surveillés du transport pétrolier mondial le détroit d’Ormuz et celui de Bab-el-Mandeb se sont retrouvés sous pression simultanément.
Résultat : le Brent a grimpé de 9,39 % et le WTI de 9,93 %. Mais l’indice de la peur (VIX), lui, a reculé. Voici pourquoi.
Les chiffres de la semaine
- Pétrole Brent : 104,61 $ (+9,39 %)
- Pétrole WTI : 100,05 $ (+9,93 %)
- Or : 4 408,90 $ (+0,98 %)
- Rendement du Trésor américain à 10 ans : 4,97 % (+4,56 %)
- VIX (indice de la peur) : 15,84 (-3,06 %)
- S&P 500 : 7 656,98 points (-0,38 %)
- EUR/USD : 1,16 (-0,14 %)
Une guerre de six mois, une semaine d’escalade
Depuis environ six mois, un conflit armé oppose les États-Unis et Israël à l’Iran. Cette semaine a marqué une intensification nette.
Les forces américaines ont coulé cinq pétroliers iraniens ; en représailles, l’Iran a mené sa plus importante vague d’attaques depuis le début du conflit, visant une dizaine de navires près du détroit d’Ormuz.
Un navire y a été touché par un projectile non identifié, prenant feu et forçant l’évacuation de son équipage un incident confirmé par l’organisme britannique de sécurité maritime UKMTO.
La marine américaine maintient désormais un blocus qui perturbe sévèrement le trafic dans ce détroit, par lequel transite une part majeure du pétrole mondial.
À l’autre bout de la péninsule Arabique, les forces houthistes ont pris le contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge et de l’île stratégique de Périm, qui commande le détroit de Bab-el-Mandeb un second point de passage critique pour le transport maritime.
L’Arabie saoudite a fermé son oléoduc Est-Ouest après une attaque de drone, privant le royaume d’une route de contournement pour exporter son pétrole sans transiter par le Golfe.
C’est la combinaison de ces deux fronts Ormuz et Bab-el-Mandeb qui explique l’ampleur de la hausse du pétrole cette semaine, ainsi que l’envolée des taux de fret maritime, qui ont atteint des records pour les pétroliers de grande capacité.
(L’impact spécifique de ce contexte sur les marchés asiatiques Inde, Corée du Sud est traité dans l’article dédié à l’Asie de cette semaine.)
Le rôle de la Chine, premier importateur mondial
La Chine module depuis plusieurs mois l’ampleur de la hausse du pétrole par son comportement d’achat : ses importations de brut sont tombées d’environ 11,5 millions de barils par jour en février à près de 6 millions en juin, avant de remonter à environ 7 millions en juillet-août, tout en puisant dans une réserve stratégique de plus d’un milliard de barils.
Une reprise des achats chinois à un rythme comparable à celui d’avant-guerre pourrait, selon CNBC, faire retester au pétrole ses plus hauts niveaux depuis le début du conflit.
Le lien avec l’inflation et les taux américains
L’inflation américaine dépasse désormais le seul facteur pétrolier : l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,4 % sur un mois (+3,4 % sur un an) et les prix à la production de 0,4 % également.
Le prix du diesel a atteint un record historique (+58 % sur un an) et plusieurs denrées agricoles récoltes en baisse de 20 % dans le Nebraska, viande de bœuf à des plus hauts pluriannuels contribuent à la hausse du coût de la vie.
La Réserve fédérale américaine se réunit les 15 et 16 septembre, avec une probabilité estimée entre 87 % et 90 % d’une hausse de ses taux directeurs.
Ce contexte éclaire la hausse du rendement du Trésor à 10 ans, à 4,97 %.
Point de pédagogie important : la variation de +4,56 % indiquée dans nos données est une variation relative du niveau du taux, pas une variation en points de pourcentage.
Un taux passant, par exemple, de 4,75 % à 4,97 % correspond à une hausse relative proche de 4,6 %, et non à une hausse de « 4,56 points » une nuance qui évite de surestimer l’ampleur du mouvement.
Le VIX en baisse : un paradoxe à nuancer
Malgré cette escalade militaire et ces craintes d’inflation, le VIX qui mesure la volatilité anticipée sur le S&P 500 a reculé de 3,06 % sur la semaine.
Deux lectures sont possibles, sans qu’aucune ne s’impose clairement.
D’une part, le conflit dure depuis six mois : les investisseurs actions américains ont pu, au fil des mois, intégrer progressivement ce risque dans leurs anticipations, de sorte qu’une nouvelle escalade aussi spectaculaire soit-elle pour le pétrole et le transport maritime n’entraîne plus la même réaction sur la volatilité anticipée des actions américaines, moins directement exposées que les secteurs de l’énergie ou du fret.
D’autre part, cette baisse du VIX pourrait tout aussi bien signaler que les investisseurs sous-estiment le risque que ce conflit continue de s’aggraver.
Les deux lectures restent défendables ; le lecteur doit garder cette incertitude à l’esprit plutôt que d’y voir une explication unique.
L’or, valeur refuge traditionnelle, ne progresse que de 0,98 % une hausse modeste par rapport au bond du pétrole, cohérente avec un climat de risque qui reste, pour l’instant, contenu sur les marchés actions et devises : le S&P 500 recule légèrement (-0,38 %) et l’EUR/USD reste quasi stable (-0,14 %).
Conclusion
Cette semaine illustre comment un conflit armé peut frapper certains segments du marché avec une intensité disproportionnée par rapport à d’autres : le pétrole et le transport maritime encaissent un choc majeur, tandis que les indicateurs de risque plus larges VIX, or, actions américaines restent, pour l’instant, relativement stables.
Deux échéances méritent d’être suivies dans les prochains jours : la décision de la Réserve fédérale les 15 et 16 septembre, et le comportement d’achat de la Chine, qui pourrait déterminer si le pétrole reteste ses plus hauts niveaux depuis le début du conflit.
Sources :
Reuters : Attaques contre les pétroliers iraniens et escalade dans le détroit d’Ormuz
The Guardian : Prise de l’île stratégique de Périm par les Houthis
Hellenic Shipping News : Hausse historique des taux de fret pétrolier