L’Italie détrône le Japon et devient le 4ᵉ exportateur mondial
Une performance historique qui relance le débat sur la compétitivité européenne
L’Italie vient de franchir un cap majeur dans l’histoire économique récente de l’Europe.
En 2024 puis en 2025, la valeur de ses exportations a dépassé celle du Japon, propulsant officiellement la péninsule au quatrième rang mondial des puissances exportatrices. Une performance désormais reconnue par l’OCDE, après une première validation par l’Organisation mondiale du commerce.
Il s’agit d’un tournant symbolique et stratégique pour un pays qui, il y a encore une décennie, occupait seulement la septième place mondiale.
Une ascension rapide et inattendue
Selon les données publiées par l’OCDE, les exportations italiennes — exprimées en dollars courants et corrigées des effets saisonniers — ont dépassé celles du Japon dès le troisième trimestre 2025.
Cette progression s’inscrit dans une trajectoire de long terme : depuis 2015, l’Italie a régulièrement gagné des parts de marché à l’international, malgré un environnement économique souvent défavorable.
Aujourd’hui, l’Italie se positionne derrière :
- la Chine
- les États-Unis
- l’Allemagne
… et devance désormais le Japon, longtemps considéré comme un modèle industriel mondial.
Les ressorts du modèle exportateur italien
Contrairement à certaines économies très concentrées sur quelques grands groupes, la force de l’Italie repose sur un tissu dense de PME industrielles, souvent familiales, très spécialisées et fortement tournées vers l’export.
Les principaux moteurs de cette performance sont :
- les machines-outils et équipements industriels,
- l’automobile et les composants mécaniques,
- l’agroalimentaire et les boissons,
- les biens manufacturés à forte valeur ajoutée,
- le luxe et le design.
Ce modèle privilégie la qualité, la différenciation et la montée en gamme plutôt que la production de masse, ce qui permet à l’Italie de rester compétitive malgré des coûts de production plus élevés que dans certaines économies émergentes.
Un succès fragilisé par la question monétaire
Ce succès à l’export ne masque pas les inquiétudes croissantes des autorités italiennes.
Rome s’alarme de la force de l’euro, jugée pénalisante face à un dollar plus faible, notamment sur le marché américain.
Le ministre italien des Affaires étrangères a publiquement appelé la Banque centrale européenne à envisager une baisse des taux d’intérêt, voire une reprise de rachats d’actifs, afin de soutenir la compétitivité des exportateurs européens.
Selon l’organisation patronale italienne Confindustria, l’Italie pourrait perdre jusqu’à 16 à 17 milliards d’euros d’exportations par an vers les États-Unis, en particulier dans les secteurs des machines-outils, des boissons et de l’automobile, si l’écart euro/dollar continue de se creuser.
Un signal fort pour l’Europe industrielle
La performance italienne envoie un message clair :
l’industrie européenne reste capable de rivaliser à l’échelle mondiale, à condition de s’appuyer sur :
- l’innovation,
- la spécialisation,
- la montée en gamme,
- et un environnement macroéconomique cohérent.
Elle pose aussi une question centrale pour l’Union européenne :
peut-on défendre une industrie forte avec une monnaie durablement surévaluée ?
Conclusion
En devenant le quatrième exportateur mondial, l’Italie confirme son retour parmi les grandes puissances économiques.
Mais ce succès met également en lumière les limites du cadre monétaire actuel et les arbitrages difficiles entre stabilité des prix, politique monétaire et compétitivité industrielle.
Le cas italien pourrait bien devenir un laboratoire pour l’avenir de la politique économique européenne.