Japon : marchés en hausse malgré les craintes sur la dette
Les élections législatives japonaises ont eu lieu le dimanche 8 février non sans crainte sur le futur de la 4ème économie mondiale.
Le PLD (parti libéral démocrate) avec à sa tête Sanae Takaichi (première femme à occuper le rôle de premier ministre et de présidente du parti historique) se sait sorti du bourbier politique dans lequel il était plongé depuis les déboires d’Ishiba et de la défaite aux sénatoriales de juillet 2025 qui ont conduit à sa démission et à l’arrivée de Takaichi.
Un PLD affaibli mais toujours dominant face aux oppositions
Malgré une mainmise quasi continue sur la politique de Tokyo, le PLD a réussi à faire face à la montée des oppositions dans les urnes le PDC (centre-gauche) comptait 148 sièges depuis octobre 2024 et son ancien allié les bouddhistes du Komeito 24 sièges (à noter que la majorité absolue s’obtient au Parlement Japonais à partir de 233 élus).
Takaichi a surtout réussi à calmer la méfiance grandissante à l’égard du PLD notamment sur la question du coût de la vie illustrée par la pénurie de riz dont le prix a doublé.
Visibilité politique accrue mais inquiétudes budgétaires persistantes
Cette victoire permet certes, aux investisseurs de gagner en visibilité sur le devenir de l‘économie japonaise (une alliance de plusieurs partis auraient pu rendre difficile la mise en place de politiques publiques) mais elle peut surtout apparaître inquiétante pour le devenir des finances publiques nippones.
Taikaichi a annoncé un plan massif de relance budgétaire de 120 mds d’euros (environ 21 300 mds de yen) avec notamment une aide pour les ménages avec enfants, des subventions pour l’électricité, le gaz et un programme de crédit d’impôt pour les ménages.
Dette élevée : stimuler la croissance pour sauver le ratio
Malgré un ratio dette/pib de 230%, le rationnel derrière est la volonté de stimuler le dénominateur PIB de ce ratio. Malgré un stock qui en fait la 4ème puissance économique mondiale, le flux, la croissance, est au ralenti (-0,6% au T3 2025 en rythme trimestriel).
Cette politique volontariste annoncée depuis plusieurs mois s’est surtout traduite par une montée des taux longs japonais (près de 60 pb depuis son arrivée en octobre 2025) et ne devrait pas ralentir avec une hausse des craintes d’un « moment Liz Struss » nippon.
Politique monétaire : la BoJ contrainte d’agir pour soutenir le yen
Côté politique monétaire, la BoJ a dû monter ses taux de 25 pb en décembre dernier pour soutenir la devise nippone chahutée dans un contexte de convergence de l’inflation vers la cible des 2%.
L’USD/JPY (+6,80% depuis 6 mois) permet certes de favoriser les exportations japonaises mais l’inflation importée pourrait se répercuter sur les consommateurs japonais (l’inflation n’est toujours pas à la cible des 2% depuis mars 2022).
La hausse des taux (courts et longs) permettra certes de rapatrier des capitaux avec des meilleurs rendements pour les supports japonais et libellés en JPY, mais c’est surtout un coût de la dette qui risque de s’envoler et des entreprises qui reporteraient des anticipations de hausses d’impôts à venir pour financer ses politiques, se saborder.
Pour autant, les marchés actions japonais réalisent un début d’année en forte hausse (+6,37% pour le Topix depuis janvier). Cela paraît contre-intuitif, notamment sur les valorisations de type CAPM, les investisseurs auraient dû délaisser le marché nippon avec une modélisation prenant un actif sans risque aux rendements plus hauts, rendant le cost of Equity (rendement exigé par les investisseurs) plus haut. Mais les belles valeurs de l’indice (Toyota Motor, Mitsubishi Finance, Hitachi, Softbank) bénéficient pour les industriels de la baisse du yen et le secteur financier de meilleurs marges à venir sur les produits d’intérêts.
Conclusion :
Malgré une expansion budgétaire à venir non sans conséquence sur un pays très endetté, la faiblesse continuelle du yen a contraint la BoJ à lever ses taux et donc à renchérir le coût du crédit.
En dépit d’une inflation qui n’est toujours pas à la cible, des taux cours et longs à la hausse, et un risque de « moment Liz Struss » japonais plus probable depuis les élections, les investisseurs continuent d’être positifs sur le Japon.
Le marché Equity Japonais réalise des performances très positives depuis le début de l’année.
Sources :
Résultats électoraux et contexte politique
Données macroéconomiques (PIB, dette, croissance)