Italie : fragilité cachée des finances publiques

Italie : fragilité cachée des finances publiques
Publié le 20 avril 2026 par Clément Sarotte

Entre 2020 et 2025, l’Italie a fortement réduit son déficit public, passant de 9,5 % à 3,1 % du PIB, un redressement budgétaire qui renforce la crédibilité économique du gouvernement de Meloni.

Ce succès est souvent comparé à la situation de la France, dont les finances publiques restent au-dessus des critères de l’Union européenne. Ce contraste alimente le débat sur la gestion du déficit public français, entre choix politiques, contraintes économiques et respect des règles budgétaires de Bruxelles.

Loin des discours politiques qui suggéreraient que l’Italie se tient économiquement mieux que la France, les données macroéconomiques et les investisseurs en font un constat un peu plus nuancé. 

Le déficit/pib français est certes au-dessus de celui de l’Italie mais la France résiste beaucoup mieux structurellement (115,6% vs 137,1% en dette/pib en 2025). Les marchés en ont effectivement conscience et cela se traduit empiriquement sur les taux même si les marchés actions sont mieux orientés. 

La trajectoire budgétaire de la France est négative mais le niveau de dette n’est pour l’instant pas insoutenable

La France est structurellement plus endettée que l’Italie. En 2020 la France avait une dette publique au sens de Maastricht de 2650 mds d’euros alors que l’Italie avait une dette de 2570 mds d’euros soit un écart de 80 mds. Entre 2020 et 2025 cet écart s’est considérablement creusé pour atteindre 483 mds d’euros entre la dette publique française estimée pour 2025 à 3482 mds d’euros et l’italienne à 2998 mds d’euros. 

En termes de ratio sur PIB la France affiche un niveau plutôt stable : depuis 2020 le ratio s’est même amélioré passant de 115,7% à 115,6% soit une amélioration de 10 points de base. En Italie la dette publique est quant à elle passée de 154,9% de PIB à 132,8% de PIB soit une réduction massive de plus de 30 points de pourcentage.

La dynamique du déficit public italien est à mettre au crédit du solde budgétaire pas du PIB

Le tableau est donc très positif mais il est plus à justifier par un meilleur solde budgétaire que par une embellie économique forte. En termes de déficit/PIB, le numérateur le déficit par année a été plus que divisé par. En 2020 le déficit public italien était d’environ -157 mds d’euros alors qu’il n’est que de -67,8 mds d’euros en 2025. En revanche, le PIB en euros courants inflation comprise (référence pour les ratios) n’a progressé que de 599 mds (soit +36%) porté notamment par les exportations (4ème exportateur mondial) et une industrie performante.

Malgré quelques semaines durant lesquels la France s’est endettée à maturité 10 ans à un rendement plus élevé que son homologue italien (partie du graphique sous le trait et inférieur à 0) un retour vers les données macroéconomiques a eu lieu(la France est notée Aa3 et l’Italie Baa2 par l’agence Moody’s).

Surtout, le maintien des finances publiques françaises en dessous des 3% est à contextualiser. Depuis la victoire du RN aux élections européennes de juin 2024 et la dissolution qui s’en suivit, la France n’a pas pu composer avec un gouvernement issu d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. La France s’est embourbée dans des alliances qui pour certaines n’ont pas tenu (Barnier, Bayrou, Lecornu) qui ont rendu impossible la discussion et l’adoption d’un budget plus austère qui aurait sûrement limité la croissance économique (très forte dépendance en France aux dépenses publiques) mais aurait permis de limiter les difficultésbudgétaires en cours. 

Les marchés actions supposeraient de meilleures perspectives en Italie

Les marchés actions ont cependant un discours très positif sur l’Italie. Il y a un peu plus d’1 an, Donald Trump annonçait le Liberation Day avec ses droits de douane dits « réciproques ». Pour rappel, l’Italie exporte environ 60 mds d’euros (environ 10% des exportations totales italiennes) de biens vers les Etats-Unis (principalement des produits pharmaceutiques et des équipements industriels) ce qui aurait pu l’impacter de manière similaire à la France qui exporte ses produits dans les mêmes ordres de grandeur. Pourtant Le FTSE MIB (Italie) progresse de 24,61% le CAC (France) de 3,91% et le DAX(Allemagne) de 2,55% en euros, dividendes nets réinvestisentre le 02 avril 2025 et le 02 avril 2026.

La Cour Suprême a certes remis en cause les tariffs réciproques mais une baseline de 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis est encore en cours depuis le 24 février dernier et cela pour 150 jours maximums soit jusqu’au 24 juillet prochain. Cette situation aurait pu impacter l’indice italien mais cela semble à priori limité.

Ces belles performances seraient donc plutôt à aller cherchersuivant une approche bottom-up et micro qui se concentre principalement sur les résultats financiers des entreprises et leurs santés financières que grâce à un dynamisme macro-économique surperformant les autres pays de la zone euro. 

Conclusion :

L’Italie va donc mieux mais une approche plus pragmatique et « data-dependant » permet de se rendre compte que le bilan est un peu plus nuancé : les finances publiques italiennes restent fortement sous pression surtout si le PIB ne progresse pas plus rapidement. Le spread avec les autres crédits souverains se stabilisent défavorablement pour l’état Italien et les récents revers politiques de Giorgia Meloni ne devrait pas l’influencer à mettre en place des programmes de politiques publiques structurels d’envergure. 

En outre, l’Italie reste un pays fracturé géographiquement et économiquement avec le Nord industriel très porteur en création de richesses et le Sud dont le PIB/habitant est environ inférieur de moitié à celui du Nord. 

Pour autant, une vision « action-centrée » rappelle que la bonne dynamique budgétaire actuelle ainsi que les belles valeurs de l’indice boursier italien sont soutenues positivement par les investisseurs. 

Sources :

Situation des pays de l’Union européenne au regard des critères de convergence 

Les finances publiques des pays de la zone euro en 2024

La dette publique atteint 88,2 % du PIB dans la zone euro | Eurostat

Situation économique et financière de l’Italie