Inflation persistante aux États-Unis : pourquoi les actions résistent

Inflation persistante aux États-Unis : pourquoi les actions résistent
Publié le 18 septembre 2026 par Mohamed Habib Ellah BOUCENNA

L’inflation américaine a de nouveau surpris à la hausse en août. Les prix à la consommation hors énergie et alimentation ont progressé de 0,3 % sur un mois, contre 0,2 % attendu, tandis que l’inflation totale a grimpé de 0,4 %.

Ces chiffres montrent que l’inflation reste plus persistante que prévu aux États-Unis et ravivent les interrogations sur la trajectoire des taux de la Réserve fédérale.

Sur le papier, cette statistique renforce l’argument d’une nouvelle hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale cette semaine. Pourtant, les marchés actions n’ont pas paniqué : le S&P 500 a terminé la semaine en hausse de 0,9 %.

Ce contraste entre une inflation qui déçoit et une Bourse qui tient bon n’a rien d’illogique une fois qu’on regarde d’où vient réellement cette inflation, et pourquoi les marchés actions ont, historiquement, une tolérance bien plus grande aux hausses de taux que ce que l’on croit souvent.

Une inflation qui ralentit… lentement, pas qui repart

Le détail des chiffres change beaucoup l’interprétation. Une bonne partie de la hausse vient de catégories volatiles : les prix des billets d’avion ont bondi de 2,7 % sur le mois, ceux des hôtels de 2,4 %. Les services de communication et d’éducation ont eux aussi augmenté fortement, tirés par une hausse inhabituelle des forfaits de téléphonie mobile, un mouvement que beaucoup d’économistes considèrent comme ponctuel plutôt que structurel.

Les composantes plus stables et plus surveillées, elles, restent au contraire relativement sages. Les loyers ont progressé de 0,2 %, tout comme les loyers imputés aux propriétaires, deux hausses inférieures aux tendances observées ces derniers mois. Sur un an, l’inflation sous-jacente a même légèrement reculé, passant de 2,5 % en juillet à 2,4 % en août.

Autrement dit, le ralentissement de l’inflation se poursuit, mais de façon inégale et plus lente que ce que les marchés espéraient, plutôt que de repartir de façon générale à travers l’économie. C’est une nuance importante : ce n’est pas la même histoire qu’un retour de l’inflation, et les marchés le savent.

Une leçon que les marchés actions ont déjà apprise

L’idée qu’une hausse de taux condamne automatiquement la Bourse est un raccourci que l’histoire dément régulièrement. Lors du « taper tantrum » de 2013, l’annonce d’un simple ralentissement des achats d’obligations par la Réserve fédérale avait fait bondir les taux longs américains en quelques semaines. Les marchés actions, après une correction rapide, avaient repris leur progression quelques mois plus tard, portés par une économie qui continuait de créer des emplois.

Fin 2018, un scénario inverse s’était produit : la Fed avait relevé ses taux quatre fois dans l’année, provoquant une chute brutale des actions américaines en décembre. Mais dès qu’elle avait suspendu ses hausses début 2019, la Bourse avait effacé ses pertes en quelques mois à peine.

Ce que ces épisodes montrent, c’est que ce qui compte vraiment pour les actions n’est pas le niveau des taux en lui-même, mais la capacité de l’économie et des entreprises à continuer de générer des bénéfices malgré des taux plus élevés. C’est précisément la question posée aujourd’hui.

Une économie américaine encore solide

Les chiffres de l’emploi plaident pour une économie qui peut encaisser des taux plus élevés sans basculer. Les créations d’emplois ont atteint 162 000 en août, très au-dessus des 55 000 attendus, tandis que le taux de chômage restait stable à 4,1 %. L’activité manufacturière américaine, de son côté, était en expansion pour un huitième mois consécutif.

Les propres modèles de la Réserve fédérale suggèrent qu’un resserrement supplémentaire de 50 points de base ne réduirait la croissance économique que de quelques dixièmes de point. Autrement dit, deux hausses de taux supplémentaires semblent tout à fait absorbables par une économie qui reste, pour l’instant, robuste.

Le vrai moteur : les bénéfices des entreprises

C’est là que se trouve la clé de la résistance des marchés actions. Les prévisions actuelles tablent sur une croissance des bénéfices du S&P 500 de 25 % en 2026 et de 14 % en 2027, tandis que les entreprises de la zone euro devraient croître de 15 % sur ces deux mêmes années.

Fait notable : cette dynamique ne repose plus uniquement sur les plus grandes valeurs technologiques. La croissance médiane des bénéfices des entreprises du S&P 500 atteint environ 14 %, portée aussi par l’industrie manufacturière, l’activité sur les marchés de capitaux et une consommation des ménages qui résiste. Cet élargissement rend la hausse des bénéfices plus solide, car elle ne dépend plus d’une poignée de sociétés.

Des bénéfices plus robustes réduisent mécaniquement la valorisation des actions par rapport à leurs profits, ce qui rend les marchés moins vulnérables à une correction provoquée uniquement par une remontée des taux. Quant à l’intelligence artificielle, elle continue de jouer un rôle de soutien structurel, avec une demande toujours forte pour les capacités de cloud et les infrastructures dédiées.

Ce que l’investisseur peut en retenir

L’inflation américaine n’est pas vaincue, mais elle ne s’emballe pas non plus. C’est cette nuance, plus que le chiffre brut, qui explique pourquoi les marchés actions continuent d’avancer malgré la perspective de nouvelles hausses de taux.

Pour un investisseur, la leçon rejoint celle de tous les grands épisodes de resserrement monétaire depuis trente ans : rester diversifié, sans dépendre excessivement d’un petit nombre de valeurs, tout en gardant une exposition aux thèmes de fond, comme l’intelligence artificielle, l’énergie et les ressources, ou les tendances démographiques de long terme, reste la meilleure façon de traverser ces phases sans s’exposer inutilement à un choc isolé.

SOURCES

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Consumer Price Index, août 2026

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Producer Price Index, août 2026

• Bureau of Labor Statistics (BLS) – Employment Situation, août 2026

• CME Group – CME FedWatch Tool

• Federal Reserve – projections économiques et modèles de politique monétaire

• Institute for Supply Management (ISM) – indices d’activité manufacturière

• Bloomberg, Factset – données de marché