Géopolitique: La puissance militaire des Houthis au Yémen
Le Yémen est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il est dévasté par la guerre civile depuis 2014, lorsque le mouvement musulman chiite des Houthis s’est emparé de la capitale Sanaa.
Cependant, les Houthis ont démontré leur capacité à menacer de perturber le transport maritime depuis novembre 2023 en soutien à la cause palestinienne, et le Royaume-Uni et les États-Unis ont riposté.

Les Houthis exercent une influence stratégique majeure sur plusieurs points clés du Yémen, illustrant à la fois leur pouvoir politique et militaire ainsi que l’importance géographique de leur implantation. Depuis 2014, ils dominent la capitale, Sanaa, centre politique et administratif du pays, ce qui leur confère non seulement une légitimité de facto, mais aussi un levier important face aux gouvernements reconnus internationalement. Le contrôle de Sanaa symbolise ainsi leur capacité à imposer leur vision et à consolider leur position dans l’arène politique yéménite.
Le fief traditionnel des Houthis, Saada, constitue également un pilier stratégique. Située dans le nord du Yémen, cette région, proche de la frontière saoudienne, est le berceau historique du mouvement houthi, notamment lié aux traditions zaydites. Saada représente un centre logistique crucial pour la mobilisation des forces et le ravitaillement, ce qui renforce l’endurance militaire du groupe dans la région.
Pour Laurent Bonnefoy, politologue, il est nécessaire de revenir sur la situation des Houthis au Yémen, leur ancrage idéologique et leur montée en puissance. Il rappelle que « ce groupe, dont on entend parler épisodiquement, existe depuis une vingtaine d’années et a d’abord combattu le pouvoir central avant de prendre le contrôle de Sanaa, où vit une grande partie de la population. » Leur idéologie repose sur le zaïdisme, une branche spécifique du chiisme, et sur une valorisation des descendants du prophète, ce qui les inscrit dans la continuité de la monarchie yéménite renversée en 1962.
De plus, sur le plan maritime et économique, le contrôle de ports comme Hodeïda revêt une importance capitale. Ce port, stratégiquement situé sur la mer Rouge, permet aux Houthis de gérer l’approvisionnement en armes, carburant et nourriture, tout en générant des revenus considérables par le biais du contrôle des douanes et du commerce maritime.
La proximité du détroit de Bab el-Mandeb, un passage névralgique pour le commerce pétrolier mondial, accentue encore leur potentiel de pression sur le trafic maritime international, même si le contrôle direct de ce point reste l’apanage de forces extérieures. De fait, le détroit de Bab el-Mandeb, situé à 2 250 kilomètres au sud du canal de Suez, est la troisième voie maritime la plus importante au monde.
En outre, la région nord-ouest, incluant des zones comme Hajjah, Al Mahwit, Dhamar et Amran, joue également un rôle stratégique. Ces territoires, riches en ressources agricoles et dotés d’une forte densité de population, offrent aux Houthis non seulement une base de recrutement solide, mais aussi un soutien logistique important pour leur campagne militaire.
Parallèlement, leur disposition sur les frontières nord permet d’installer des réseaux de missiles et drones dans des zones montagneuses difficiles d’accès, utilisés pour mener des attaques contre l’Arabie saoudite et d’autres cibles dans la région.
En somme, le contrôle stratégique des Houthis se déploie sur plusieurs axes du territoire yéménite, depuis le cœur politique de Sanaa et le bastion traditionnel de Saada, jusqu’aux ports vitaux de la mer Rouge et aux zones rurales du nord-ouest, leur conférant ainsi une capacité multifacette d’influence tant sur le plan politique qu’économique et militaire.
Lors des récentes attaques contre des navires en mer Rouge, les Houthis ont utilisé des missiles de croisière, des missiles balistiques, des drones et des navires de surface sans équipage (USV). L’instabilité politique au Yémen a permis aux Houthis de se fournir en armes dans les stocks de l’armée. À ce titre, ils possèdent des chars et des camions, ainsi que des mines, des missiles antichars, des pièces d’artillerie lourde et légère et des missiles de fabrication russe et nord-coréenne.
Ils ont mis en place une production de drones à grande échelle vers 2018, en s’appuyant sur les transferts de technologie iraniens, et ont remporté des succès militaires remarquables, notamment en contraignant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à accepter un cessez-le-feu en avril 2022.
Les Houthis ont officiellement dévoilé les drones polyvalents Sammad-4 et Rujum en mars 2021.
Le Rujum est un drone hexacoptère polyvalent introduit par les Houthis en 2021. Adapté à partir de drones civils chinois, il est capable de transporter jusqu’à six petites charges explosives, telles que des obus de mortier de 60 mm. Avec une portée opérationnelle de 10 à 30 kilomètres, il est principalement utilisé pour des attaques de précision sur des cibles proches du front. Grâce à l’utilisation de drones commerciaux modifiés, le coût de production du Rujum est relativement bas, estimé entre 10 000 et 20 000 dollars par unité.
Quant au Sammad-4, il est conçu pour des missions de frappe stratégique à longue distance. Il est doté d’une envergure d’environ 5 mètres et peut transporter une charge utile d’environ 50 kilogrammes. Sa portée opérationnelle dépasse les 2 000 kilomètres, ce qui lui permet de frapper des cibles éloignées. Le drone est équipé d’un moteur plus puissant que ses prédécesseurs, lui conférant une vitesse maximale estimée à 200 km/h. Il est également conçu avec des caractéristiques de furtivité avancées pour échapper aux systèmes de défense aérienne modernes.
Le coût de production du Sammad-4 est difficile à estimer précisément en raison du manque d’informations publiques détaillées. Cependant, en se basant sur les coûts des modèles précédents et sur les composants utilisés, on peut estimer que le coût de production d’un Sammad-4 se situe entre 50 000 et 100 000 dollars par unité. Cette estimation prend en compte l’utilisation de matériaux composites, d’un moteur plus puissant et de systèmes de guidage avancés.
Nous avions eu également la révélation du Mudhud-1, du Mersad-1 et Mersad-2. Le e Mudhud-1 est un drone de reconnaissance utilisé par les Houthis. Il s’agit d’un appareil léger, probablement dérivé de modèles commerciaux, adapté pour des missions de surveillance à courte portée. Ses caractéristiques spécifiques, telles que la portée et l’autonomie, ne sont pas largement documentées, mais il est conçu pour des opérations de collecte d’informations sur le champ de bataille. En raison de sa simplicité et de l’utilisation probable de composants commerciaux, le coût de production du Mudhud-1 est estimé entre 5 000 et 10 000 dollars par unité.
Les Mersad-1 et Mersad-2 sont des drones de reconnaissance développés par les Houthis, probablement basés sur le drone américain RQ-21 Blackjack. Le Mersad-1 a été introduit en 2021, suivi du Mersad-2 en 2022. Ces drones ont une portée de 93 kilomètres et une vitesse maximale de 170 km/h. Le Mersad-2 est une version améliorée avec des capacités de décollage et d’atterrissage verticaux (VTOL), facilitant son déploiement depuis des zones non préparées. En raison de leur complexité accrue et de l’intégration de technologies avancées, les coûts de production des Mersad-1 et Mersad-2 sont estimés entre 50 000 et 100 000 dollars par unité.
Deux tendances apparaissent depuis un an qui pourraient constituer des violations de l’embargo, imposé en 2015 dans ce pays par l’ONU : la première est le transfert aux Houthis de pièces détachées accessibles dans le commerce dans des pays industrialisés, comme des moteurs de drones, et qui sont livrés aux Houthis via une série d’intermédiaires ; la deuxième est la poursuite de la livraison aux Houthis de fusils d’assaut, de grenades, de missiles anti-chars, et de systèmes de missiles de croisière plus sophistiqués.
« Certaines de ces armes ont des caractéristiques techniques similaires à des armes fabriquées en Iran », notent les experts sans pouvoir confirmer que l’armement dont sont dotés les Houthis a été livré par le gouvernement iranien. Ce dernier a toujours démenti fournir des armes aux Houthis. Tant les pièces civiles que les armes « semblent suivre un chemin de contrebande qui passe par Oman et la côte sud du Yémen, via des régions sous contrôle du gouvernement yéménite, jusqu’à Saana » sous domination des Houthis, précise le rapport.
Sur le plan naval, les Houthis disposent de bateaux rapides et armés, ainsi que d’autres, piégés et guidés, très efficaces dans les attaques contre les navires marchands. Outre les missiles anti-navires, comme le C-802 de fabrication chinoise, le groupe utilise des mines sous-marines et dispose d’une unité de plongeurs de combat.
Le C-802 est un missile de croisière antinavire d’origine chinoise, qui a été exporté à plusieurs pays, notamment l’Iran, qui en a produit des versions locales appelées Noor. Ce missile est également présent dans l’arsenal des Houthis, probablement grâce à des transferts indirects depuis l’Iran. Le C-802 est capable de frapper des cibles navales jusqu’à 120 kilomètres (et jusqu’à 180 km pour certaines versions améliorées).
Il vole à basse altitude (vol rasant) pour éviter les radars et utilise un système de guidage radar actif en phase terminale. Il transporte une ogive de 165 à 190 kg, suffisante pour endommager sérieusement un navire de guerre ou commercial. C’est l’un des principaux missiles utilisés par les Houthis pour menacer la navigation en mer Rouge et autour de Bab el-Mandeb. Son coût est estimé entre 500 000 et 800 000 dollars l’unité, ce qui reste relativement abordable par rapport à la valeur stratégique des navires visés.
Les drones ou « drones kamikazes » que les Houthis ont déployés seraient des drones Qasef, ainsi que des Samads à plus longue portée. Les drones utilisés par les Houthis, notamment les Qasef et les Samad, ont joué un rôle central dans leur stratégie militaire contre l’Arabie saoudite de 2015 à 2022 et leurs autres ennemis régionaux. Ces drones sont devenus des armes de choix en raison de leur faible coût, de leur capacité à frapper à distance et de la difficulté qu’ils posent aux systèmes de défense antiaérienne.
Le Qasef est un drone de type kamikaze, destiné principalement à des frappes directes contre des cibles précises. Les modèles principaux, comme le Qasef-1 et le Qasef-2K, sont dérivés de drones iraniens, notamment de l’Ababil-T. Ce drone est conçu pour transporter une charge explosive modeste et voler directement vers sa cible pour exploser à l’impact.
Sa portée est relativement limitée, environ 100 à 150 kilomètres, ce qui en fait un outil tactique pour des frappes locales sur des bases militaires, des radars ou des véhicules ennemis. Simples dans leur conception, les Qasef sont fabriqués avec des matériaux légers comme de la fibre de verre et utilisent des moteurs civils modifiés.
Leur simplicité permet une production rapide et à faible coût. Ainsi, ils sont estimés à un coût de production compris entre 10 000 et 20 000 dollars par unité.
Le drone Samad, quant à lui, représente une catégorie plus avancée et plus stratégique. Il existe plusieurs variantes : le Samad-1, utilisé principalement pour la surveillance, ainsi que les Samad-2 et Samad-3, capables de mener des attaques à longue portée. Visuellement, ces drones sont reconnaissables à leur empennage en forme de V inversé.
Le Samad-2 peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres, tandis que le Samad-3, plus sophistiqué, est capable de frapper des cibles situées à plus de 1 000 kilomètres, et le Samad-4 peut aller jusqu’à 2500 kilomètres. Ces drones peuvent être équipés de caméras pour la reconnaissance et de systèmes de navigation GPS pour guider les frappes à distance.
Les drones Samad, plus grands et technologiquement plus complexes, coûtent entre 20 000 et 50 000 dollars pièce selon les versions et les équipements embarqués. Même à ce niveau, les drones Samad restent des armes très économiques si on les compare aux missiles de croisière classiques ou aux coûts d’interception par des systèmes de défense modernes, qui mobilisent des missiles coûtant plusieurs centaines de milliers de dollars.
La production de ces drones repose souvent sur des ateliers clandestins, où les Houthis adaptent des pièces civiles ou récupèrent des équipements militaires. Cela leur permet de contourner les blocus et les sanctions internationales et d’assurer un approvisionnement relativement constant en matériel de guerre, malgré les opérations de blocus menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite.
En outre, selon le Washington Institute for Near East Policy, les Houthis possèdent aujourd’hui plusieurs types de missiles de croisière antinavires, avec des portées variant entre 80 et 300 kilomètres. Parmi les missiles mentionnés figurent notamment le Sayyad et le Sejjil, deux modèles utilisés pour frapper des cibles maritimes dans des zones stratégiques comme la mer Rouge.
Le missile Sayyad est souvent associé aux missiles iraniens de défense aérienne modernisés et adaptés par les Houthis pour être utilisés contre des navires. Le terme « Sayyad » désigne plusieurs types de missiles iraniens (par exemple le Sayyad-2 et le Sayyad-3), mais dans le contexte houthi, il s’agirait d’une version adaptée de missiles sol-air ou antinavires existants.
Ces missiles, une fois modifiés, sont capables de voler à moyenne altitude et de cibler des navires militaires ou commerciaux dans un rayon d’environ 100 à 150 kilomètres. Ils sont dotés de systèmes de guidage relativement simples, souvent basés sur des radars ou sur un guidage inertiel combiné au GPS.
Le missile Sejjil, quant à lui, est d’origine iranienne et désigne normalement un missile balistique à longue portée. Toutefois, dans l’arsenal houthi, le terme « Sejjil » pourrait désigner une version locale modifiée ou une adaptation pour une utilisation antinavire à moyenne portée. Cette version « Sejjil » utilisée par les Houthis semble avoir une portée plus courte (proche de 200 à 300 kilomètres) et vise à menacer les lignes de navigation en mer Rouge, en particulier celles transitant près du détroit de Bab el-Mandeb.
Concernant leur coût, la fabrication locale ou l’assemblage de ces missiles au Yémen reste relativement économique comparé aux armes occidentales de haute technologie. Le coût de production d’un missile tel que le Sayyad, adapté localement, pourrait être estimé entre 50 000 et 100 000 dollars l’unité, en fonction de la sophistication du système de guidage embarqué. Pour le Sejjil houthi adapté, le coût serait plus élevé, pouvant atteindre 150 000 à 250 000 dollars par missile, en particulier si des composants sophistiqués (comme des gyroscopes importés ou des systèmes GPS militaires) sont nécessaires.
Ces coûts sont relativement modestes à l’échelle militaire moderne, surtout si l’on considère que la défense contre un seul missile peut mobiliser des systèmes comme le Patriot ou d’autres dispositifs de défense antiaérienne, dont chaque interception peut coûter plusieurs millions de dollars. La stratégie des Houthis repose donc sur un rapport coût-efficacité particulièrement favorable : ils utilisent des missiles relativement bon marché pour provoquer des pertes économiques, militaires et psychologiques importantes chez leurs adversaires.
Mais ce sont les USV qui sont « exceptionnellement inquiétants« , estime l’historien maritime Sal Mercogliano « parce qu’ils frappent le navire au niveau de la ligne de flottaison, ce qui signifie qu’ils pénètrent et inondent le navire, et donc le coulent« .
Qui plus est, la formation utilise également des drones iraniens Shahed-136 d’une portée de 2.000 kilomètres. Elle affirme par ailleurs assurer sa propre production de drones. Ils utilisent aussi des hélicoptères et des avions de chasse de type Mig-29 et, pour la défense, des missiles antiaériens Barq-2.
Le Shahed-136 est un drone kamikaze iranien, connu pour sa longue portée et son faible coût de production. Utilisé par l’Iran, la Russie (en Ukraine), et transmis aux Houthis, il est conçu pour voler de manière autonome vers une cible programmée, grâce à un système de guidage GPS. Le Shahed-136 a une portée d’environ 2 000 kilomètres, ce qui en fait une arme stratégique permettant de frapper des cibles bien au-delà des frontières yéménites.
Il transporte une charge explosive d’environ 30 à 50 kg, destinée à détruire des cibles fixes comme des infrastructures, des radars ou des dépôts de carburant. Le drone vole à basse altitude et lentement, ce qui le rend difficile à détecter pour les systèmes radar classiques. Son coût de production est estimé à environ 20 000 à 30 000 dollars, ce qui le rend extrêmement économique par rapport à des missiles classiques ou à des frappes aériennes.
Ensuite, le Barq-1 et Barq-2 sont des missiles sol-air utilisé par les Houthis pour la défense aérienne. Peu d’informations techniques officielles sont disponibles, car ce système est largement basé sur des technologies importées ou récupérées. Ils sont probablement inspirés ou dérivé de systèmes iraniens ou soviétiques anciens modifiés localement. Ils ont pour rôle d’intercepter des avions, drones ou missiles ennemis.
Le Barq-2 fonctionnerait avec un système de guidage optique ou radar semi-actif, avec une portée estimée à environ 70 kilomètres, tandis que le Barq-1 a environ une portée de 50 kilomètres. Ce type de missile est particulièrement utilisé pour défendre des positions sensibles comme des aéroports, des dépôts d’armes ou des centres de commandement. Le coût de production est estimé entre 50 000 et 100 000 dollars par unité, selon la disponibilité des composants et la complexité du guidage.
Les experts et les observateurs estiment généralement que les Barq-1 et Barq-2 sont au moins basés sur la famille iranienne de missiles sol-air à guidage radar de moyenne portée Taer.
Par la suite, concernant les missiles balistiques, les Houthis ont un arsenal diversifié. Nous avons le missile balistique antinavire Asif, dévoilé en 2022, est conçu pour cibler les navires à longue distance. Il est considéré comme l’équivalent yéménite du missile iranien Khalij Fars. Il peut atteindre une portée de 400 kilomètres et transporte une charge utile importante de 500 kilogrammes, ce qui en fait un vecteur de menace sérieux pour les routes maritimes stratégiques comme le détroit de Bab el-Mandeb.
Puis, le Burkan-1 est un missile balistique d’origine houthiste dévoilé en 2016, dérivé du missile iranien Shahab-1. Il dispose d’une portée allant jusqu’à 800 kilomètres et d’une charge utile de 500 kilogrammes. Ce missile a été utilisé pour frapper des cibles en Arabie saoudite, marquant l’entrée des Houthis dans une guerre de longue portée.
Le Burkan-2, apparu en 2017, est une amélioration du modèle précédent et serait l’équivalent du missile iranien Qiam-1. Il offre une portée augmentée à 1 000 kilomètres mais avec une charge utile réduite à 250 kilogrammes, favorisant ainsi la distance au détriment de la charge explosive.
En 2019, les Houthis ont dévoilé le Burkan-3, également connu sous le nom de Zulfiqar. Ce missile serait inspiré à la fois du Qiam et du Rezvan iraniens. Sa portée maximale atteint 1 200 kilomètres, avec une charge utile de 250 kilogrammes, le positionnant comme un missile balistique de théâtre capable de frapper profondément dans le territoire saoudien.
En outre, le Hatem, dévoilé en septembre 2022, représente une nouvelle génération de missiles balistiques à longue portée. Il est l’équivalent houthiste du Kheibar Shekan iranien. Il peut frapper des cibles jusqu’à 1 450 kilomètres de distance avec une charge utile conséquente de 500 kilogrammes. Cela permet aux Houthis de viser des objectifs bien au-delà de la péninsule arabique. Le Hatem-2, une version plus récente dévoilée en septembre 2024, serait une autre variante du Kheibar Shekan, mais ses caractéristiques techniques, telles que la portée exacte et la charge utile, restent pour l’instant inconnues.
Parallèlement, les Houthis ont aussi développé le Karar, un missile balistique de courte portée révélé en 2022. Inspiré du Fateh-110 iranien, il peut atteindre 300 kilomètres avec une charge utile de 500 kilogrammes. Il est conçu pour des frappes plus ciblées et rapprochées, tout en conservant une grande puissance de feu.
À côté de cela, le Mohit, également dévoilé en 2022, s’inscrit dans la catégorie des missiles balistiques antinavires. Équivalent du Ghadir iranien, il dispose d’une portée de 300 kilomètres et transporte une charge utile de 165 kilogrammes, ce qui le rend adapté aux frappes contre des bâtiments navals dans la mer Rouge.
En outre, le missile Tankeel, apparu en 2023, serait basé sur le Zoheir iranien. Il affiche une portée estimée à 500 kilomètres. Bien que les détails sur sa charge utile soient peu documentés, il s’inscrit dans la continuité des efforts houthis pour diversifier leur gamme de missiles balistiques intermédiaires.
Le missile Toofan, quant à lui, marque un véritable tournant stratégique. Dévoilé en septembre 2023, il s’inspire du Shahab-3 iranien et possède une portée impressionnante de 1 950 kilomètres, avec une charge utile de 800 kilogrammes. Il constitue à ce jour l’un des missiles les plus puissants de l’arsenal houthi, capable de menacer des cibles au-delà de la région du Golfe.
Du côté des missiles de croisière, le Rubezh représente un modèle d’origine russe (P-21/P-22) saisi à l’armée yéménite. Bien que sa portée soit limitée à 80 kilomètres, il conserve un intérêt tactique en raison de sa capacité à voler à basse altitude et à éviter les radars. Sa charge utile demeure inconnue.
En complément, le missile de croisière antinavire Al Mandab-1, également capturé dans les stocks de l’armée yéménite, s’inspire du C-801 chinois. Il possède une portée de 40 kilomètres et une charge utile de 165 kilogrammes. Ce missile est principalement utilisé dans la zone hautement stratégique du détroit de Bab el-Mandeb.
Enfin, le Quds-4, dévoilé en 2019, est l’un des missiles de croisière les plus avancés dans l’arsenal houthi. Basé sur le Projet 351/Paveh iranien, il dispose d’une portée pouvant atteindre 2 000 kilomètres, ce qui le rend apte à frapper des cibles situées très loin du territoire contrôlé par les Houthis, notamment dans les pays du Golfe.
Les responsables américains ont aussi confirmé l’utilisation active au combat, un curieux modèle fourni par l’Iran, celui qui a fait l’objet du plus grand examen public. Plus communément appelé simplement « 358 » , et parfois maintenant SA-67 , et propulsé par un petit turboréacteur, ce missile sol-air est généralement décrit comme un missile « à réaction », bien que ses capacités exactes restent floues. Les missiles sol-air classiques utilisent des moteurs-fusées à propergol solide pour leur propulsion.
Le 358, partage divers composants, notamment un système de guidage par système de navigation inertielle assisté par satellite, un gyroscope vertical et une unité de données aériennes, avec plusieurs types de drones kamikazes présents dans les inventaires iraniens et houthis.
Lorsque les Houthis ont renversé le gouvernement internationalement reconnu du Yémen en 2014, le groupe s’est également emparé de divers systèmes de missiles sol-air spécialement conçus à cet effet datant de l’ère soviétique, notamment des missiles fixes S-75 (SA-2 Guideline) et chenillés 2K12 Kub (SA-6 Gainful), tous deux à guidage radar, ainsi que des missiles portables Strela (SA-7) à tête chercheuse thermique . À titre de base, le 2K12/SA-6 représente une menace mobile particulièrement sérieuse, capable d’engager des avions à réaction pilotés volant à haute altitude.
Divers radars de défense aérienne, notamment les radars de surveillance aérienne P-18 de conception soviétique , les radars de surveillance aérienne et d’acquisition de cibles P-19 et les radars de recherche d’altitude PRV-13 , sont également passés entre les mains des militants yéménites.
Enfin, le 15 septembre 2024, les houthis ont lancé un missile balistique sur Israël, l’attaque la plus longue portée du groupe sur le territoire israélien à ce jour. Dans les heures qui ont suivi l’attaque, les dirigeants houthis ont avancé des affirmations extravagantes au sujet de la frappe, affirmant notamment qu’il s’agissait d’un missile hypersonique, terme désignant des missiles capables de se déplacer à au moins Mach 5. Cette affirmation est inquiétante, et pas seulement pour leur vitesse élevée : contrairement aux missiles balistiques traditionnels qui suivent une trajectoire prévisible, les missiles hypersoniques peuvent manœuvrer en vol, ce qui les rend difficiles à intercepter par les systèmes de défense antimissile.
Alors qu’un responsable des Forces de défense israéliennes (FDI) a nié que le missile puisse atteindre des vitesses hypersoniques, des responsables houthis ont par la suite rapporté que le missile avait parcouru plus de 2 000 kilomètres à une vitesse de Mach 9. De plus, les Houthis ont réitéré leur insistance et publié une vidéo de deux minutes les montrant en train de lancer le missile, baptisé Palestine-2, sur lequel le mot « hypersonique » était clairement écrit en anglais sur le côté de l’arme. Ils ont également affirmé que le missile Palestine-2 avait une portée allant jusqu’à 2 150 kilomètres, fonctionnait avec un combustible solide à deux étages, disposait d’une forme de « technologie furtive » et pouvait atteindre des vitesses allant jusqu’à Mach 16. Les Houthis ont également affirmé que le système était capable d’échapper aux systèmes de défense aérienne les plus avancés, y compris le Dôme de Fer israélien.
Les affirmations des Houthis concernant cette technologie avancée doivent être accueillies avec beaucoup de scepticisme. À l’heure actuelle, seuls les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie ont démontré des capacités hypersoniques. L’arme hypersonique la plus rapide, le missile russe Zircon, ne peut atteindre qu’une vitesse de Mach 8 et une portée de 1 000 kilomètres.
Compte tenu des sanctions internationales et des embargos sur les armes imposées aux Houthis et à l’Iran, il est peu probable que les rebelles, ou leurs soutiens à Téhéran, puissent développer un système environ deux fois plus puissant que celui développé par les Russes.
Même si l’Iran avait réussi à développer des capacités hypersoniques, il est peu probable qu’il ait transféré de telles armes aux Houthis. Les coûts élevés associés au développement de ces systèmes et à la production en masse d’une telle technologie signifieraient qu’une arme aussi sophistiquée serait en quantité limitée et réservée à l’usage du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Si le CGRI décidait de transférer une partie de son stock limité, ces armes ne seraient probablement pas destinées aux Houthis. Malgré le soutien du régime depuis plus d’une décennie, comme en témoignent les attaques transfrontalières des Houthis contre les Émirats arabes unis (EAU) en 2022, malgré un récent rapprochement entre l’Iran et les EAU, les Houthis conservent une certaine indépendance vis-à-vis de l’Iran. Si ces armes étaient transférées, elles iraient probablement à un autre groupe plus directement sous le contrôle du régime, comme le Hezbollah au Liban.
Mais cela n’a pas empêché les Houthis et le CGRI de prétendre le contraire. En mars, un rapport russe affirmait que les Houthis basés au Yémen possédaient un missile hypersonique fonctionnant au combustible solide et capable d’atteindre une vitesse de Mach 8. Il affirmait également que le groupe avait l’intention de commencer à fabriquer le système pour l’utiliser dans des attaques contre des navires en mer Rouge et le territoire israélien.
De son côté, le CGRI affirme depuis au moins 2022 avoir développé une arme hypersonique capable d’atteindre une vitesse de Mach 15 et une portée de 1 400 kilomètres. Bien qu’aucun rapport n’ait fait état de tests de la première version d’une telle arme, le CGRI a dévoilé une version « améliorée » de son missile hypersonique Fattah un peu plus d’un an plus tard.
Certains médias ont même affirmé que l’Iran avait tiré ces missiles Fattah lors de son attaque du 14 avril contre le territoire israélien et que les systèmes avaient échappé aux systèmes de défense aérienne israéliens. Il convient de noter que les images de la roquette Palestine-2 des Houthis ressemblent beaucoup à celles du Fattah iranien, ce qui serait logique compte tenu de l’histoire de Téhéran en matière de fourniture d’armes et de composants d’armes aux rebelles.
Mais ce n’est pas parce que le missile n’était pas hypersonique qu’il faut négliger l’attaque. En réalité, trois détails cruciaux en font un tournant important dans l’offensive des Houthis contre Israël et ses intérêts. Premièrement, ce missile a constitué la plus longue attaque enregistrée sur le territoire israélien depuis le Yémen ; même des rapports non houthis estiment que le missile a parcouru plus de 1 900 kilomètres avant de s’écraser, mettant à sa portée de nouvelles cibles israéliennes.
Deuxièmement, le système a pu éviter au moins partiellement les systèmes de défense aérienne israéliens, les premières évaluations de l’armée de l’air israélienne ayant révélé que son système Arrow avait atteint le missile, sans toutefois le détruire complètement.
Enfin, entre autres, les Houthis ont affirmé à plusieurs reprises que le système utilisait du combustible solide, ce qui est significatif si c’est vrai, car les missiles à combustible solide sont plus rapides à installer et à tirer que ceux à combustible liquide, ce qui les rend plus difficiles à cibler pour les États-Unis et leurs alliés.