Économie chinoise : derrière les 4,7 % de croissance, le modèle de Xi Jinping sous pression
Immobilier en crise, dette, chômage des jeunes, consommation atone et tensions commerciales : derrière une croissance qui reste enviable pour de nombreux pays occidentaux, l’économie chinoise accumule les déséquilibres.
Le véritable enjeu dépasse pourtant la croissance : Pékin tente désormais de remplacer son ancien modèle économique par un autre, davantage tourné vers l’industrie, la technologie et la puissance stratégique.
Pendant des décennies, la Chine a habitué le monde à des taux de croissance spectaculaires. Cette époque semble désormais révolue.
Avec une croissance officielle de 4,7 % au premier semestre 2026, l’économie chinoise continue de progresser, mais beaucoup moins rapidement qu’au cours des décennies précédentes. Surtout, ce chiffre masque plusieurs fragilités structurelles.
Le débat ne consiste donc plus seulement à savoir si la Chine peut atteindre 5 % de croissance. La véritable question est ailleurs : le modèle économique construit au cours des dernières décennies arrive-t-il à bout de souffle ?
L’immobilier, ancien moteur devenu boulet
Le premier problème se trouve dans la pierre.
Pendant des années, la croissance chinoise s’est largement appuyée sur la construction, l’immobilier et les infrastructures. En intégrant les secteurs qui en dépendent, l’immobilier a représenté une part considérable de l’activité économique chinoise.
Mais après des années d’endettement et de construction massive, la mécanique s’est grippée.
La crise de grands promoteurs comme Evergrande a symbolisé un problème beaucoup plus large : baisse des ventes, logements invendus, promoteurs endettés et ménages devenus plus prudents.
Cette crise touche également les collectivités locales.
Une partie importante de leurs recettes provenait historiquement de la vente de terrains aux promoteurs. Lorsque le marché immobilier ralentit, leurs revenus diminuent alors que leurs dépenses et leur dette restent importantes.
Pékin se retrouve donc face à une équation difficile : laisser certains acteurs faire faillite permettrait d’assainir le système, mais pourrait également provoquer des pertes financières, du chômage et davantage de mécontentement social.
Le chômage des jeunes reste un signal d’alerte
Deuxième faiblesse : l’emploi.
Chaque année, plus de 12 millions de diplômés arrivent sur le marché du travail chinois. Or l’économie ne crée plus nécessairement suffisamment d’emplois qualifiés correspondant à leurs attentes.
Le chômage des jeunes est ainsi devenu l’un des symptômes les plus visibles du ralentissement.
C’est également un enjeu politique.
Une génération diplômée mais confrontée à des perspectives professionnelles limitées peut progressivement perdre confiance dans la promesse de mobilité sociale qui accompagnait jusqu’ici le développement chinois.
Le phénomène du « lying flat », ou tang ping, illustre en partie ce malaise : certains jeunes revendiquent le choix de travailler moins, consommer moins et refuser la compétition permanente.
Pour Pékin, maintenir l’emploi n’est donc pas seulement une question économique. C’est aussi une question de stabilité sociale.
Produire toujours plus… quitte à réduire les marges
L’économie chinoise souffre également d’un phénomène que Pékin lui-même cherche désormais à combattre : l’« involution ».
Dans certains secteurs, les entreprises chinoises se livrent une concurrence extrêmement agressive.
Pour gagner des parts de marché, elles baissent leurs prix, augmentent leurs capacités de production et acceptent parfois des marges très faibles.
Cette stratégie peut profiter au consommateur et accélérer l’innovation. Mais lorsqu’elle devient excessive, elle fragilise les entreprises et entretient des capacités de production supérieures à la demande intérieure.
Les gouvernements locaux ont par ailleurs intérêt à protéger leurs propres champions industriels afin de préserver emplois et recettes fiscales.
Résultat : plutôt que de voir disparaître les entreprises les moins performantes, certaines continuent d’être financées.
Le pari technologique de Xi Jinping
Face à l’essoufflement de l’immobilier, Xi Jinping mise sur un nouveau moteur.
Pékin parle désormais de « nouvelles forces productives de qualité » : intelligence artificielle, semi-conducteurs, robotique, batteries, véhicules électriques, biotechnologies, informatique quantique ou encore matériaux avancés.
La stratégie est claire : transformer la Chine d’« usine du monde » en puissance industrielle et technologique de premier plan.
Et il serait erroné de sous-estimer ses résultats.
Dans les véhicules électriques, les batteries ou le solaire, les groupes chinois ont déjà acquis une place considérable sur le marché mondial. Dans l’intelligence artificielle, la robotique ou les semi-conducteurs, Pékin investit massivement pour réduire sa dépendance technologique.
Mais un problème demeure : ces nouveaux secteurs ne sont pas encore suffisamment importants pour remplacer entièrement l’ancien moteur immobilier.
La transition prendra donc du temps.
La Chine produit beaucoup… mais ses ménages consomment relativement peu
C’est probablement l’un des plus grands paradoxes chinois.
Le pays dispose d’un immense marché intérieur de plus d’un milliard d’habitants, mais la consommation des ménages représente autour de 40 % du PIB, un niveau relativement faible par rapport aux grandes économies développées.
Les ménages chinois ont tendance à épargner beaucoup.
Pourquoi ?
Parce qu’une partie importante de la population doit anticiper elle-même ses dépenses de santé, sa retraite ou les conséquences d’une perte d’emploi.
Renforcer les protections sociales pourrait donc encourager les ménages à moins épargner et davantage consommer.
Mais cela supposerait aussi une redistribution plus importante des ressources vers les ménages.
Or le modèle privilégié sous Xi Jinping continue de favoriser fortement l’investissement industriel, l’autonomie technologique et les objectifs stratégiques de l’État.
Les exportations comme soupape
Faute d’une consommation intérieure suffisamment dynamique, une partie des capacités industrielles chinoises se tourne naturellement vers l’étranger.
La Chine accumule ainsi des excédents commerciaux considérables.
Mais cette stratégie rencontre progressivement une résistance.
États-Unis et Union européenne ont déjà adopté différentes mesures visant certains produits chinois, tandis que plusieurs économies émergentes commencent elles aussi à s’inquiéter de l’arrivée massive de produits industriels chinois à bas prix.
Véhicules électriques, acier, panneaux solaires, batteries…
La question de la surcapacité chinoise devient un sujet économique mais également géopolitique.
Car si Pékin continue d’accroître sa production plus rapidement que sa consommation intérieure, une partie de cet excédent devra nécessairement être vendue ailleurs.
Et les partenaires commerciaux ne resteront probablement pas passifs.
Une bombe démographique à retardement
À ces problèmes s’ajoute une tendance particulièrement difficile à inverser : la démographie.
La population chinoise diminue et vieillit.
À court terme, cela signifie moins de nouveaux travailleurs. À plus long terme, davantage de retraités devront être financés par une population active proportionnellement plus faible.
Cette évolution peut peser sur la consommation, les finances publiques et la croissance potentielle.
L’automatisation et la robotisation peuvent compenser une partie de cette baisse de main-d’œuvre.
Mais elles créent un paradoxe : alors que la Chine doit aujourd’hui trouver suffisamment d’emplois pour ses jeunes diplômés, elle investit simultanément dans des technologies destinées à réduire les besoins en main-d’œuvre.
La Chine n’est pourtant pas en train de s’effondrer
Attention cependant à une conclusion trop rapide.
Parler des difficultés chinoises ne signifie pas annoncer un effondrement imminent de la deuxième économie mondiale.
La Chine conserve des avantages considérables : une infrastructure industrielle difficile à reproduire, des chaînes d’approvisionnement extrêmement développées, une capacité d’investissement massive, un marché intérieur gigantesque et des entreprises capables de devenir rapidement des leaders mondiaux.
Le pays reste également incontournable dans de nombreuses chaînes de valeur internationales.
Le débat est donc moins celui d’un effondrement de la Chine que celui d’un changement de régime économique.
L’ancien modèle reposant sur l’immobilier, les infrastructures et l’investissement massif atteint progressivement ses limites.
Le nouveau modèle voulu par Xi Jinping repose davantage sur l’industrie avancée, la technologie, les exportations et l’autonomie stratégique.
Le vrai risque est peut-être géopolitique
C’est ici que les difficultés économiques chinoises dépassent les frontières du pays.
Une Chine confrontée à une croissance plus faible mais disposant d’immenses capacités industrielles peut chercher davantage de débouchés à l’étranger.
Les tensions commerciales pourraient alors s’intensifier.
L’Europe se retrouve particulièrement exposée : elle souhaite bénéficier de produits chinois compétitifs tout en protégeant certaines industries jugées stratégiques.
Dans le même temps, Pékin considère la puissance économique et technologique comme un élément central de sa rivalité avec Washington.
La croissance chinoise n’est donc plus uniquement une histoire de PIB.
Industrie, commerce, technologie et sécurité nationale sont désormais profondément liés.
Ce qu’il faut retenir
La Chine ne traverse probablement pas une simple mauvaise passe conjoncturelle.
Elle tente de résoudre simultanément une crise immobilière, un endettement important, une consommation insuffisante, le chômage des jeunes et un vieillissement démographique, tout en transformant son modèle industriel.
Xi Jinping fait le pari que la technologie et l’industrie avancée permettront d’ouvrir un nouveau cycle de croissance.
Ce pari peut fonctionner en partie. Mais il ne règle pas automatiquement la faiblesse de la consommation intérieure, la dette ou les déséquilibres démographiques.
Et si la Chine continue de produire beaucoup plus vite qu’elle ne consomme, une partie de ses déséquilibres économiques sera mécaniquement exportée vers le reste du monde.
C’est probablement là que se trouve le véritable risque pour l’Europe : non pas nécessairement dans l’effondrement de l’économie chinoise, mais dans la manière dont Pékin tentera d’éviter cet effondrement.