Bitcoin, otage de la bulle IA la fin de l’or numérique ?

Bitcoin, otage de la bulle IA  la fin de l’or numérique ?
Publié le 7 novembre 2026 par Nolan Nabeth

Jeudi 5 novembre, le Nasdaq a lâché 5,5 % en une séance. Le bitcoin, à peu près autant. L’or, lui, a monté. Trois chiffres qui rouvrent une question que beaucoup croyaient tranchée cet été : le bitcoin est-il une valeur refuge, ou une action tech qui s’ignore ?


Jeudi noir pour l’IA, le bitcoin dans le sillage

Tout part des élections de mi-mandat américaines du 3 novembre. Les démocrates remportent les deux chambres du Congrès, et les marchés anticipent un encadrement plus strict des data centers qui font tourner l’intelligence artificielle. Le lendemain, les valeurs IA décrochent. Le surlendemain, c’est la débandade.

Le 5 novembre, le Nasdaq clôture en baisse de 5,5 %. Nvidia, le fournisseur de puces au cœur du boom, perd 9,3 % sa pire séance depuis avril 2025, et cède sa place de première capitalisation mondiale à Apple. Selon le Financial Times, plus de 3 000 milliards de dollars de valeur boursière américaine se sont évaporés en une journée.

Le bitcoin ? Il passe d’un peu plus de 80 800 $ à moins de 76 000 $, en suivant le Nasdaq « tick pour tick », d’après CoinDesk. Plus d’un milliard de dollars de positions à effet de levier sont liquidées en 24 heures. Vendredi, le BTC touche 74 762 $, son plus bas depuis fin août. Ce samedi matin, il se traite autour de 75 800 $, soit environ 68 000 €.

Un détail mérite qu’on s’y arrête. Jeudi matin, alors que les valeurs IA plongeaient déjà, le bitcoin ne cédait qu’environ 1 %. Il n’a vraiment chuté qu’au moment où l’ensemble du marché actions a basculé. Personne ne vendait du bitcoin à cause de la crypto. On en vendait parce qu’on vendait tout ce qui ressemble à du risque.

« Or numérique » : une promesse à géométrie variable

L’argument est connu. Le bitcoin a une offre plafonnée à 21 millions d’unités, aucune banque centrale ne peut en imprimer, il serait donc une protection contre l’inflation et la dépréciation des monnaies, comme l’or, en version numérique. Corollaire implicite : il devrait évoluer indépendamment des actions.

En février, Zach Pandl, responsable de la recherche chez le gestionnaire Grayscale, posait la question sans détour : réserve de valeur ou actif de croissance ? Fin août, les données semblaient trancher. Sur trois mois, la synchronisation entre bitcoin et or était passée de quasiment zéro à plus de 50 %, tandis que celle avec le Nasdaq 100 était retombée d’environ 60 % à 33 %. En mars déjà, le bitcoin avait tenu face au choc géopolitique d’une guerre, quand les marchés actions vacillaient.

Puis la mécanique s’est retournée. Le 20 octobre, le courtier en recherche K33 notait que la corrélation avec le Nasdaq repartait à la hausse. Au 5 novembre, sur 90 jours, la corrélation des rendements quotidiens du bitcoin s’établissait à +0,49 avec le Nasdaq et +0,51 avec l’or, un match nul, en somme (une corrélation de 1 signifie que deux actifs bougent exactement ensemble, 0 qu’ils n’ont aucun lien). Mais sur des fenêtres plus courtes, d’une trentaine de jours, plusieurs analyses la situent entre +0,60 et +0,63 avec le Nasdaq. Quand la pression est forte, c’est le côté tech qui l’emporte.

Le 5 novembre, le Nasdaq 100 perd environ 6,5 %, le bitcoin 5,5 %, et l’or gagne 0,9 %. Sur la semaine, le métal jaune prend plus de 4 %. Le réflexe refuge a bien joué. Simplement pas en faveur du bitcoin.

Précision utile : l’or n’a rien d’un long fleuve tranquille non plus. Après un record à 5 379 $ l’once le 29 janvier, il est retombé vers 4 070 $, en recul de près de 6 % depuis le 1er janvier. Le bitcoin, lui, affiche environ −13 % sur l’année et près de −40 % par rapport à son sommet d’octobre 2025, autour de 126 000 $.

Pourquoi le bitcoin danse au rythme de Nvidia

Pas besoin de théorie du complot. Quatre mécanismes très concrets expliquent l’essentiel.

Les mêmes portefeuilles. Depuis le lancement des ETF spot américains (des fonds cotés en Bourse qui détiennent réellement du bitcoin) en janvier 2024, une bonne partie du BTC est logée chez des gérants qui possèdent aussi Nvidia, Microsoft ou Alphabet. Quand leurs règles de risque imposent de réduire l’exposition, tout part dans le même mouvement. D’après Farside Investors, ces fonds ont perdu 430 millions de dollars le 5 novembre, puis 412 millions le 6 : environ 1,28 milliard de sorties nettes depuis le début du mois. Sur l’ensemble de 2026, l’analyste Darkfost (CryptoQuant) compte plus de 100 000 BTC sortis des ETF, du jamais-vu depuis leur création. Le prix de revient moyen de leurs détenteurs est estimé près de 73 000 $. Autrement dit, tout proche du cours actuel.

Le levier. Une partie du marché crypto se joue à crédit, via des contrats à terme et des « perpétuels ». Quand le prix glisse, les positions sous-capitalisées sont fermées de force, ce qui accentue la baisse. Jeudi, l’encours des contrats à terme sur bitcoin est repassé sous 26 milliards de dollars, une première depuis mi-septembre.

Les mineurs, devenus sous-traitants de l’IA. C’est le lien le plus physique, et le moins commenté. Plusieurs sociétés de minage de bitcoin louent désormais leurs installations et leur accès au réseau électrique à des clients IA. Résultat, Core Scientific ou Applied Digital ont plongé d’environ 11 % jeudi, au même titre que les valeurs de data centers. La société de recherche Foundry Labs observe que ces mineurs cotés se comportent aujourd’hui davantage comme des valeurs d’infrastructure IA que comme des proxys du bitcoin. Le Texas, qui concentre plus du quart des capacités de data centers prévues aux États-Unis d’ici 2030, est aussi un fief du minage.

La macro. Vendredi, un rapport sur l’emploi américain bien plus solide que prévu (165 000 créations de postes en octobre contre 65 000 attendues) a fait remonter les rendements obligataires et, selon les données de marché, la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en décembre. Les actions ont rebondi. Le bitcoin, non.

Dernier garde-fou : corrélation ne veut pas dire causalité. Plusieurs analystes rappellent que la séance de jeudi ne prouve pas, à elle seule, que la vente sur l’IA a « causé » celle du bitcoin. Elle montre qu’ils réagissent au même signal.

Ce que ça change pour l’investisseur en France

Premier point, très concret : un épargnant français ne peut pas acheter directement les ETF bitcoin américains, faute de document d’information clé exigé par la réglementation européenne. Il passe par des ETN ou ETP crypto cotés en Europe, ou par des plateformes agréées. Mais le sous-jacent est le même, et ces produits européens subissent exactement les mêmes secousses.

Deuxième point : le cadre MiCA (le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs), pleinement applicable depuis la fin de la période de transition au 1er juillet 2026, encadre les intermédiaires, agrément des prestataires, protection des fonds, transparence. Il ne dit rien du comportement du prix. Un bitcoin acheté sur une plateforme parfaitement régulée reste un actif qui peut perdre 6 % en une après-midi parce que Nvidia a déçu.

Troisième point, peut-être le plus important : l’argument de diversification. Si le bitcoin évolue comme une action technologique au moment précis où les actions technologiques chutent, son rôle de « couverture » dans un portefeuille est moins net que ne le laisse entendre le storytelling de l’or numérique. Ça ne dit pas s’il faut en détenir ou non. Ça dit qu’il faut savoir pourquoi on en détient.

Alors, fin du mythe ? Pas tout à fait. Le bitcoin a prouvé cette année qu’il pouvait encaisser un choc géopolitique mieux que les actions. Il vient aussi de prouver qu’il plie avec la tech quand c’est la croissance qui fait peur. L’« or numérique » n’est pas une nature, c’est un régime, qui dépend de qui détient le bitcoin, et de ce qui inquiète le marché ce jour-là.

À surveiller

  • 17 novembre : résultats trimestriels de Nvidia. Une déception pèserait sur tout le complexe IA, et probablement sur le bitcoin.
  • Les flux des ETF spot, publiés chaque jour par Farside Investors, et le seuil des 73 000 $, prix de revient moyen estimé de leurs détenteurs.
  • La réunion de la Fed de décembre, après un rapport sur l’emploi qui a relancé l’hypothèse d’un resserrement.
  • Janvier 2027 : l’installation du nouveau Congrès et ses premières initiatives sur les data centers et la crypto.
  • La corrélation à 30 jours bitcoin/Nasdaq face à celle avec l’or : le meilleur thermomètre pour savoir quel bitcoin le marché achète.